[Chronique] Histoire des interactions entre la culture musicale et les « hors-la-loi » par génération

Column fr 00s 50s 60s 70s 80s 90s Outlaw
[Chronique] Histoire des interactions entre la culture musicale et les « hors-la-loi » par génération

« La musique vient des marges de la société »

Texte : mmr|Thème : Chronique longue lecture qui relie la recherche sur les sous-cultures et la température du terrain

“La musique vient des marges de la société.” Cette phrase est ancienne, mais elle ne manque pas d’essentiel. Le sentiment d’urgence, d’anti-normativité et de passion communautaire qui découle de la marginalité est souvent visualisé comme un « hors-la-loi » et se cristallise sous la forme du son, de l’utilisation de l’espace, de la mode et des techniques corporelles. Dans cet article, nous retraçons les grands genres/scènes des années 1950 par âge et regardons l’intersection de « musique et hors-la-loi » à travers le prisme de la sociologie et des études culturelles (Hebdidge, Cohen, Beaudrieu, Becker, etc.).


Années 1950 : Bebop ~ Rockabilly – Esthétique de la périphérie et manières de « non-conformité »

La modernisation tardive du jazz (du bebop au hard bop) était associée aux clubs de nuit, à la drogue et au style de vie bohème noir, formant l’image d’un intellectuel hors-la-loi qui s’écartait des normes d’après-guerre centrées sur « le travail et la discipline ».


Le rock and roll/rockabilly est une fusion transfrontalière de la culture de la jeunesse blanche de la classe ouvrière et de la musique noire. Les vestes en cuir, les pompadours et les hot rods sont devenus des costumes « anti-autorité », et les icônes des graisseurs et des motards ont été établies.


Mécanisme : Mélange de musique qui traverse les frontières raciales et de classe + divertissement nocturne = induisant des « paniques morales » (Diables folkloriques et paniques morales : Stanley Cohen). Les réglementations de la police, des écoles et des groupes religieux renforcent en fait l’unité de la scène.


Années 1960 : mods contre rockers, hippies et garage : luttes de style et contre-culture

Les mods britanniques incluent des costumes sur mesure, des scooters et un goût pour la soul/R&B. Les rockers sont des vestes en cuir et des café racers. Les affrontements collectifs dans les stations balnéaires sont devenus un symbole de la délinquance des jeunes.


Manifestations psychédéliques/hippies, résistance à la conscription, expansion de la conscience de la drogue et vie en communauté. Les festivals de musique (Monterey, Woodstock) deviennent des terrains d’expérimentation d’espaces autonomes.


Garage/protopunk est un esprit DIY et anti-commercialisme. Les gymnases et les entrepôts des écoles ont été transformés en salles de concert.


Mécanisme : une bataille pour la différenciation de la mode – ce que Hebdidge appelle « l’appropriation du style ». Les médias exagèrent la violence et amplifient la panique morale.


Années 1970 : Punk, reggae, disco : lutte et fuite nées de la crise urbaine

Punk (NY/UK) construit des slogans contestataires et une infrastructure financière minimale (labels indépendants, zines, salles de squat) sur fond de chômage, de dévastation et de frictions raciales. Les fosses, les pointes et les épingles de sûreté DIY sont des symboles visuels de « filetage illégal ».


Le reggae/dub est associé à la culture du sound system et est responsable de l’autodéfense et de la fierté des communautés immigrées. Les tensions avec la police sont fréquentes et les paroles parlent de résistance au racisme systémique.


La discothèque est un refuge pour la communauté LGBTQ+/Black/Latinx, qui obtient le droit de danser à la frontière entre le légal et l’illégal, même si elle a ses côtés sombres comme la sécurité des boîtes de nuit et la discrimination à l’admission.


Mécanisme : Vidage des villes et renforcement de la gestion des espaces publics → Les populations de la périphérie évacuent sous terre la nuit. Pression sonore et contact physique forment la solidarité.


Années 1980 : hardcore, réforme des skinheads et naissance du hip-hop : vitesse, tribalisation et militarisation du récit

Le punk hardcore est une question de vitesse, de courtes durées et d’autonomie au sol (cercles, plongées sur scène) créées par un « accord » instantané. D’un autre côté, il existe des conflits marqués par la violence et la xénophobie.


Skinhead/Oi! Il y a un lien entre la fierté de la classe ouvrière et la musique, mais il existe une bifurcation politique entre la gauche et la droite. Des mouvements antiracistes (tels que SHARP) fonctionnent également en parallèle.


Le hip-hop repose sur les « quatre piliers » que sont les block parties, le graffiti, le break et le DJ/MC. De nombreux quartiers sont entourés de violences de gangs, et le rap fonctionne comme une « arme » légale pour exprimer la réalité et le récit de la ville.


Le métal a reçu l’image d’être « diabolisé » et a suscité des controverses sur l’autorégulation comme celle du PMRC. Selon le sous-genre, cela peut également créer des conflits sociaux liés à des incidents violents et à des déclarations discriminatoires.


Mécanisme : « Tribalisation » (mafezori) des sous-cultures. Les petites normes sont puissantes et, de l’extérieur, elles ressemblent à un « hors-la-loi ».


Années 1990 : Rave/Acid House, Grunge, Gangsta Rap - Négocier les frontières entre le légal et l’illégal

La rave/acid house est en désaccord avec les autorités sur les fêtes illégales dans les entrepôts et en extérieur, ainsi que sur les problèmes de drogue. L’avènement des téléphones mobiles et des tableaux d’affichage Internet a accéléré la « fête mobile ».


Bien que la musique grunge/alternative prône une position anti-commerciale, elle est rapidement devenue courante, révélant le schéma classique du recyclage des symboles anti-autorité pour la consommation.


La représentation explicite du gangsta rap de la violence policière, des inégalités sociales et des normes de la rue en a fait une cible pour les médias. Le débat sur l’imitabilité de la violence et de son expression réelles est devenu un problème de société.


Mécanisme : Un jeu du chat et de la souris entre les lois et réglementations (liées au bruit, aux rassemblements, aux entreprises de divertissement) et l’évitement créatif (lieux secrets, fêtes gratuites).


Années 2000 : ère du P2P, réexpansion du DIY et « cyber-hors-la-loi »

La culture du partage de fichiers/mixtape est en conflit direct avec le régime du droit d’auteur. Avec la multiplication des labels clandestins sur Internet et des home studios, la frontière entre « illégal et légal » est devenue floue.

La révélation de soi et les expressions de colère d’EMO/Screamo et Nu Metal créent des tensions avec les normes de la maison et de l’école.


Mécanisme : Baisse des prix du matériel et démocratisation des logiciels → décentralisation de la production et de la distribution. Les règles des plateformes deviendront la nouvelle « sécurité publique ».


Années 2010 : Trap, SoundCloud Rap et Leftfield Club : économie fragile et auto-branding

Trap esthétise les représentations liées aux réalités de la périphérie économique (économie de la drogue, société de surveillance) à travers les basses profondes et la répétition du 808.


Le rap SoundCloud esthétise la toxicomanie et la fragilité mentale, et combine des pulsions autodestructrices avec des sensibilités pop.

Les Leftfield/Queer Clubs reconstruisent des espaces nocturnes sécurisés et établissent des « règles » internes pour contrer les discriminations (pas de harcèlement, pas de photographie, etc.).

Mécanisme : SNS rend visible le capital réputation. Gagner en visibilité provoque l’abus de « symboles hors-la-loi », tandis que les normes communautaires sont renforcées de manière autonome.


Années 2020 : Espaces irréguliers après la pandémie : Micro-rave et communautés locales

Pendant la période de confinement, des DJ/streaming en plein air de style guérilla se sont produits partout dans le monde. Des tentatives ont été faites pour « réoccuper les espaces publics » tels que les parcs, les toits et les rues, et les négociations avec la police et les habitants sont entrées dans une nouvelle étape.

L’hybridation des mouvements sociaux et des événements musicaux (soirées de collecte de fonds, cuisines communautaires d’entraide, etc.) progresse et l’accent est mis sur le soin et la recherche de consensus plutôt que sur la dichotomie « illégal/légal ».


Corrélation par région

États-Unis : le capital culturel de la communauté noire (gospel, blues, hip-hop) est au cœur de la représentation des hors-la-loi. Le contrôle des armes à feu, la politique en matière de drogue et les pratiques policières touchent directement les paroles et la scène.

Grande-Bretagne/Europe : nature collective étroitement liée à la classe sociale, à l’immigration et à la culture du football. La culture rave a tendance à entrer en conflit avec l’urbanisme et les systèmes fonciers privés.

Japon : Depuis l’acceptation précoce du rockabilly/punk jusqu’à la « boîte underground » du hardcore et l’aube des clubs, les conflits avec les réglementations administratives (affaires de fin de soirée/liées au divertissement) sont monnaie courante. L’importation et la localisation de sons ainsi que l’autogestion des lieux se sont développées.


7 circuits qui créent un « statut de hors-la-loi »

Conversion d’espace : Entrepôt/ruines/rue → club/site (problèmes de construction illégale, de bruit et d’occupation).

Périphérie économique : Friction entre la distribution informelle (démarrage, mixage, vente manuelle) et le régime du droit d’auteur.

Techniques physiques : mouvements qui semblent violents/obscènes à l’extérieur, tels que le moshing, le break et les liquidations.

Différenciation des styles : Les vêtements, les cheveux et les tatouages ​​sont considérés comme des « symboles d’hostilité » (Hebdidge).

Radicalisation du récit : Le réalisme/exagération des paroles est interprété à tort par les médias comme un avertissement concernant un crime.

Appareil médiatique : Les reportages créent un « diable populaire » (la panique morale de Cohen).

Réflexion avec le système : Le cycle de répression → clandestinité → renforcement de la solidarité → reprise commerciale → déviation à nouveau.


L’ombre et la lumière du hors-la-loi : éthique et danger

Aspects positifs : Possibilités d’expression, de solidarité et d’auto-efficacité pour les personnes exclues des systèmes existants. Réinventer l’espace public.

Aspects négatifs : reproduction de la violence, de la discrimination et de l’inégalité entre les sexes, dommages causés par la drogue et la santé et dommages réels causés au quartier.

Enjeux du jour : Création d’un espace sûr (politique d’espace sûr), recherche de consensus, dialogue avec la communauté locale, archivage et héritage.


Référence


Qui fixe les limites ?

La relation entre la musique et les hors-la-loi n’est pas une glorification du crime. Il s’agit plutôt d’une visualisation de la dynamique du pouvoir de « qui, quoi et comment appeler la déviance » et en même temps d’une histoire de la créativité de la périphérie. Du rockabilly dans les années 1950 au micro-rave dans les années 2020, la musique a bousculé les normes, assoupli les rigidités sociales et expérimenté de nouvelles sensibilités du public. Bien que leur nature hors-la-loi soit dangereuse, les rythmes qui jaillissent de cette étincelle façonnent souvent le prochain mouvement mainstream – à tout moment.

Monumental Movement Records

Monumental Movement Records