[Chronique] Écouter la lumière et l'espace : Olafur Eliasson et les expériences de perception ambiante
Column fr Ambient Art Sound
Introduction : Conditions pour « ressentir » l’espace
| Texte : mmr | Thème : Comment la perception humaine change-t-elle lorsque la lumière et le son se chevauchent ? Explorer l’intersection de l’art visuel et de la musique ambiante. |
Les œuvres de l’artiste danois Olafur Eliasson trahissent discrètement l’acte de regarder. Là, l’acte de « regarder » ne s’achève pas nécessairement avec les yeux. Le corps est pris dans l’espace et la vue est entraînée par des éléments tels que la température, l’humidité, les reflets et les particules.
La musique de Brian Eno, en revanche, refuse d’occuper le centre de la conscience. Son son réécrit les contours mêmes de l’espace sans apparaître au premier plan.
Bien que les pratiques de ces deux personnes appartiennent à des domaines différents, elles se croisent en un point. La question est : « Comment pouvons-nous concevoir la perception ? »
Nous ne regardons pas l’œuvre, mais la manière dont nous la voyons est modifiée par l’œuvre.
Chefs-d’œuvre et anecdotes d’Olafur Eliasson : Concevoir l’expérience de la lumière
《Le Projet Météo》 (2003)
Un soleil artificiel géant installé à la Tate Modern de Londres. Cette œuvre n’est pas seulement une expérience visuelle, mais est devenue un phénomène social.
Pendant la durée de l’exposition, les visiteurs ont spontanément commencé à s’allonger sur le sol. Finalement, l’acte s’est répandu comme un « rituel » et les gens ont commencé à confirmer la présence de chacun à travers les reflets au plafond.
Ce qui est intéressant, c’est que personne ne dirige ses actions. En d’autres termes, l’espace provoquait l’action et l’œuvre contenait un « protocole d’expérience ».
Par ailleurs, il a été souligné que ces travaux ne sont pas étrangers aux caractéristiques régionales du climat londonien : ciel nuageux et manque d’ensoleillement. Le soleil artificiel n’était pas seulement un dispositif, mais aussi un dispositif qui intervenait dans la psychologie de la ville.
La lumière n’éclaire pas seulement la vision, mais elle façonne également le comportement humain lui-même.
《Lit de la rivière》 (2014)
Cette œuvre crée une vallée artificielle à l’intérieur d’un musée de Copenhague en amenant des roches et des cours d’eau. Il existe une anecdote intéressante sur le processus de création de cette œuvre.
Eliasson tenait particulièrement à « faire entrer la nature » plutôt qu’à la recréer. Les roches réellement utilisées sont réelles et leur placement n’est pas complètement aléatoire, mais est conçu pour éviter toute instabilité lors de la marche.
Les membres du public sont obligés de faire attention où ils mettent les pieds tout en restant dans un espace muséal sécurisé. Cette « redistribution de l’attention » est au cœur de l’œuvre.
Un critique a décrit le travail comme une « réhabilitation pour les citadins ». Libéré du sol homogène, le corps est contraint de s’adapter à nouveau à l’environnement.
Un appui instable fait revivre des sensations physiques oubliées.
《Montre de glace》 (2014–)
Un projet pour transporter des glaçons du Groenland vers les villes et leur montrer comment ils fondent naturellement. Cette œuvre a un épisode symbolique.
Pendant l’exposition, un enfant a touché la glace et a demandé : « Est-ce que cela va disparaître dans le futur ? » Cette phrase amène la question abstraite du changement climatique dans une notion de temps très concrète.
De plus, le bruit de la fonte des glaces – de minuscules fissures et des gouttes d’eau qui tombent – est à peine perceptible, mais il marque définitivement le temps dans l’espace. Ici, le son fait également partie de l’environnement.
Vous ne pouvez pas voir le temps, mais vous pouvez ressentir le changement.
Chefs-d’œuvre et anecdotes de Brian Eno : redéfinir la musique
Ambient 1 : Musique pour les aéroports (1978)
Cette pièce est basée sur mon expérience à l’aéroport. Eno lui-même a été confronté à une « musique presque inaudible » alors qu’il était hospitalisé après un accident, ce qui l’a amené à reconsidérer le rôle de la musique.
Il pensait que dans l’environnement stressant d’un aéroport, la musique devrait atténuer l’anxiété plutôt que l’amplifier.
Le résultat est une musique qui ne s’affirme pas, un son qui se fond dans l’environnement.
La musique ne manipule pas les émotions, mais ajuste plutôt l’environnement.
Musique discrète (1975)
Cette œuvre a une anecdote célèbre. Quand Eno était allongé, le volume de l’appareil de lecture était si faible qu’il pouvait à peine l’entendre. Mais il trouve la situation « idéale ».
La musique n’a pas besoin d’être complètement reconnaissable. Au contraire, le fait d’être à moitié audible donne à l’espace une nouvelle texture.
Cette découverte marque un tournant décisif dans le passage de la musique du « premier plan » au « second plan ».
Ambiance 4 : Sur terre (1982)
Cette œuvre n’est pas un véritable paysage, mais une reconstitution du paysage dans ma mémoire sous forme sonore. Même si Eno fait référence à des lieux précis, il les obscurcit et les présente comme une topographie psychologique.
Dans une interview, il a déclaré : « Je n’utilise pas de vrais sons naturels, mais beaucoup de gens peuvent ressentir la nature. »
Cela montre que la perception repose sur une interprétation interne plutôt que sur la reproduction du monde externe.
On n’écoute pas les sons, on reconstruit des souvenirs à travers les sons.
Le studio est un laboratoire : la fusion de la production et de l’environnement
L’atelier d’Eliasson n’est pas seulement un lieu de production, mais aussi un laboratoire de perception. Dans cet espace où se croisent l’architecture, la science et l’art, chaque élément est sujet à ajustement.
La musique d’ambiance joue à cet égard un rôle important. Les sons sans rythme ni mélodie forts ne détournent pas l’attention, mais ils créent également un état de silence non complet.
Cet « état intermédiaire » est extrêmement important pour la création.
- Concentration sans trop de concentration
- conscience inconsciente
- Pensée non figée
La création naît non pas du silence, mais d’infimes fluctuations.
Faire correspondre la perception ambiante et spatiale
Les pratiques d’Eliasson et d’Eno sont cohérentes dans la mesure où elles ne présentent pas des « œuvres » mais plutôt des « conditions d’expérience ».
Dans cette structure, le public n’est pas une entité passive. Il fonctionne plutôt comme une partie de l’œuvre et participe à la génération de la perception.
L’art n’est pas quelque chose à voir, mais quelque chose auquel il faut participer.
Chronologie : Evolution parallèle de la lumière et du son
| Année | Événements |
|---|---|
| 1948 | Naissance de Brian Eno |
| 1967 | Naissance d’Eliasson |
| 1975 | « Musique discrète » |
| 1978 | « Ambiante 1 » |
| 1982 | « Sur terre » |
| 1995 | Studio créé |
| 2003 | 《Le Projet Météo》 |
| 2014 | 《Lit de la rivière》 |
| 2014〜 | 《Montre de glace》 |
Les innovations dans différents domaines convergent vers le même problème de perception.
Conclusion : L’art comme conception de la perception
Ce qu’Eliasson et Eno ont en commun, c’est qu’ils ont transformé l’art de « l’expression » en « design ».
Ici, l’œuvre n’est pas un objet fini, mais une condition en constante évolution, et le spectateur devient participant plutôt que récepteur.
La lumière et le son ne sont pas que des matériaux. Ce sont des dispositifs qui bousculent nos perceptions et changent notre façon de voir le monde.
L’art est une technologie qui ne change pas la réalité, mais change la façon dont nous percevons la réalité.