[Chronique] Souvenirs des vibrations de Mukkuri : Une histoire culturelle des sons et des corps filés par la harpe à bouche Ainu
Column fr Ainu Instrument Tribe
Qu’est-ce que Mukkuri : le plus petit appareil musical
Texte : mmr|Thème : Décrypter la philosophie sonore de la culture Ainu et ses changements historiques à travers le plus petit instrument de musique « mukkuri » qui résonne avec le corps et la nature.
Le mukkuri, un instrument de musique traditionnel Ainu, est un type d’instrument de musique classé comme « harpe à bouche ». Une partie en forme de langue (anche) est découpée au centre d’une longue et fine planche de bambou, et une corde est attachée à l’extrémité. Lorsque la corde est tirée, l’anche vibre, générant un son en utilisant la cavité buccale comme résonateur.
Bien que le mukkuri ait une structure simple, il produit des changements sonores extrêmement délicats. Bien que la hauteur elle-même ne puisse pas être modifiée de manière significative, le timbre change en fonction de la façon dont la bouche s’ouvre, de la position de la langue et de la façon dont on respire, ce qui donne lieu à une grande variété d’expressions acoustiques.
Une caractéristique de cet instrument est que « le corps de l’interprète devient lui-même une partie de l’instrument ». Le son n’est pas manipulé de l’extérieur, mais est généré en conjonction avec l’espace à l’intérieur du corps. Le mukkuri n’est donc pas seulement un instrument de musique, mais aussi un appareil qui permet d’expérimenter directement la relation entre le corps et le son.
Le Mukkuri est un instrument qui « résonne » plutôt que « joue »
Position dans la culture Ainu
On dit que le mukkuri était souvent joué principalement par des femmes. Il a été utilisé dans la vie quotidienne pour le jeu, la communication et l’expression personnelle.
Dans la culture Aïnou, la musique existait naturellement non seulement dans les scènes cérémonielles mais aussi dans la vie quotidienne. Mukkuri en est un symbole, et c’est une musique qui se déroule dans le corps et dans le temps de l’individu, sans qu’il soit nécessaire de recourir à une scène ou à un rituel spécial.
On pense également que les sons du mukkuri sont étroitement liés aux sons de la nature. Il avait la propriété de résonner avec les sons environnementaux tels que le vent, les rivières et les voix d’animaux, et jouait un rôle en brouillant les frontières entre la musique et la nature.
Dans ce contexte, on pense que le mukkuri n’était pas seulement une forme de divertissement, mais aussi un moyen par lequel les gens pouvaient ressentir leur relation avec la nature.
Mukkuri était un dispositif sonore qui comblait la frontière entre la nature et les humains.
Structure et principes acoustiques
La structure de base du Mukkuri est très simple, mais son principe acoustique est intéressant. L’anche centrale vibre pour créer un son de base, qui est amplifié et transformé au sein de la cavité buccale.
Sa structure est présentée ci-dessous.
Puisque la fréquence de vibration de l’anche est constante, les changements de hauteur sont principalement causés par la manipulation des harmoniques. Les artistes contrôlent le ton en mettant l’accent sur des nuances spécifiques en changeant la forme de leur bouche et la position de leur langue.
Ce mécanisme est courant avec les harpes à bouche d’autres régions (comme celles de Mongolie et d’Europe), mais le mukkuri se caractérise par un son particulièrement doux et délicat.
Le son de Mukkuri est un phénomène acoustique délicat créé par la manipulation des harmoniques
Techniques et matériaux de production
Le Mukkuri est principalement fabriqué à partir de bambou. Le bambou est léger et possède une élasticité appropriée, ce qui le rend adapté aux vibrations des roseaux.
La production comprend les étapes suivantes :
L’usinage de la partie anche est particulièrement important, car de légères différences d’épaisseur et de forme peuvent grandement affecter le son. Par conséquent, la compétence et l’expérience du producteur déterminent la qualité sonore.
Il est aussi parfois décoré de sculptures, ce qui le rend précieux non seulement comme instrument de musique mais aussi comme artisanat.
Mukkuri est un produit artisanal de précision qui allie artisanat et technologie acoustique.
Comparaison avec les harpes à bouche d’autres régions
La guimbarde est un instrument de musique existant partout dans le monde et largement distribué en Asie, en Europe et en Océanie. Mukkuri se place également dans cette lignée.
Il existe cependant quelques différences distinctives.
・Le matériau est du bambou au lieu du métal ・Le son est doux et la durée est courte ・ Contexte culturel où se produisent principalement des femmes ・Axé sur les usages personnels et internes
D’un autre côté, les points communs incluent l’utilisation de la résonance corporelle et les changements de timbre grâce à la manipulation des harmoniques.
De cette comparaison, il ressort que même parmi les instruments de musique universels connus sous le nom de guimbarde, le mukkuri a une forme particulièrement étroitement liée à la vie quotidienne.
Le Mukkuri est un instrument de musique étroitement lié à la vie quotidienne dans la culture mondiale de la guimbarde.
Changements depuis les temps modernes
Avec les progrès de la modernisation, la culture aïnoue a subi des changements majeurs. Le Mukkuri ne fait pas exception et, à un moment donné, sa tradition était sur le point de disparaître.
Cependant, à partir de la seconde moitié du XXe siècle, le mukkuri a commencé à être réévalué dans le cadre du mouvement de renaissance culturelle. Il attire à nouveau l’attention car il est de plus en plus pratiqué dans l’éducation, le tourisme et les arts du spectacle.
De plus, avec le développement de la technologie d’enregistrement, le son du Mukkuri s’est répandu tant au niveau national qu’international, et sa valeur en tant que musique folklorique est désormais reconnue.
De nos jours, tout en préservant le style d’interprétation traditionnel, des tentatives sont faites pour le combiner avec une nouvelle musique.
Mukkuri est joué comme un son qui relie tradition et modernité.
Chronologie : Mukkuri et le flux de la culture Ainu
L’histoire de Mukkuri recoupe les changements survenus dans la culture Ainu elle-même.
Philosophie du son : corps, nature, temps
La plus grande caractéristique de Mukkuri est que ses sons sont étroitement liés au corps, à la nature et au temps.
Corps : La cavité buccale devient un résonateur et le son est généré de l’intérieur. Nature : les tons s’harmonisent avec les sons environnementaux et brouillent les frontières Temps : Mettre l’accent sur la durée et le changement plutôt que sur le rythme.
Ces trois éléments représentent une perspective musicale différente des structures musicales occidentales. Mukkuri se concentre sur la texture et les changements du son lui-même, plutôt que sur la mélodie ou l’harmonie.
En conséquence, il s’agit davantage d’une musique que l’on peut « ressentir » plutôt que d’écouter.
Mukkuri existe comme une expérience sensorielle au-delà de la musique
Importance dans les temps modernes
Dans la société moderne, le mukkuri est devenu plus qu’un simple instrument de musique traditionnel.
Alors que la musique numérique et les sons électroniques deviennent courants, les sons corporels comme Mukkuri présentent des valeurs contrastées. Il y a l’immédiateté, le hasard et l’individualité.
De plus, la manière dont une acoustique riche peut être créée à partir d’une structure minimaliste est très suggestive pour la production musicale contemporaine.
L’idée de « tirer » le son plutôt que de le « créer » est l’occasion de reconsidérer la nature fondamentale de la musique.
Mukkuri est une présence qui nous fait reconsidérer les origines de la musique des temps modernes.