[Chronique] Redécouvrir la City Pop : Pourquoi les DJ et YouTubeurs étrangers en sont accros
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1. Introduction : Pourquoi City Pop maintenant ?
| Texte : mmr | Thème : La pop urbaine japonaise des années 1980, la « city pop », a été redécouverte par la génération YouTube et les DJ étrangers. Le paysage nocturne de la ville et les sons qui reflètent la nostalgie constituent désormais un phénomène culturel qui résonne dans le monde entier. |
À la fin des années 1980, le terme « city pop » semblait avoir cessé d’exister dans le monde musical japonais. Cependant, dans les années 2020, ce genre fait des vagues dans les charts de streaming du monde entier. “Plastic Love” a été joué des dizaines de millions de fois sur YouTube, et des playlists telles que “Tokyo Night Drive” et “Japanese City Pop” restent régulièrement en tête de Spotify. Ce phénomène n’est pas seulement de la nostalgie. Derrière cette redécouverte menée par hasard par un algorithme se cache un désir universel de musique qui cohabite avec la sophistication urbaine et la nostalgie.
Pour les jeunes auditeurs d’outre-mer, ces sons sont un symbole du « rétro-futur ». Les néons, le trottoir après la pluie, la chaleur des enregistrements analogiques - ils voient dans un « passé étranger » la romance du futur qu’on ne retrouve pas dans la musique de leur propre pays. DJ Night Tempo a déclaré : “Cette musique est une nostalgie du futur.” En d’autres termes, plutôt que de consommer le passé, nous acceptons les années 1980 comme un « avenir alternatif ».
2. Définir la City Pop : les paysages sonores urbains
« City Pop » est un dispositif culturel qui convertit les scènes urbaines en sons. Sa musicalité est à plusieurs niveaux. AOR, soul, funk, jazz, disco – basés sur la musique noire occidentale, ils allient beauté mélodique et poésie japonaise. L’harmonie vocale précise de Tatsuro Yamashita, la mélodie douce mais déchirante de Mariya Takeuchi et la production structurée d’Eiichi Otaki. Tous fonctionnaient comme une « redéfinition japonaise de la pop ».
Les thèmes de cette musique sont résumés dans des motifs tels que l’amour, la vie nocturne, la solitude et le mouvement. Même si l’action se déroule en ville, il y a un certain sentiment d’être laissé pour compte. Il s’agissait d’une « peinture de paysage privé » représentant la richesse et le vide provoqués par une croissance économique rapide comme un sentiment personnel. C’est pourquoi il trouve un écho auprès des auditeurs étrangers modernes. Maintenant que l’urbanisation et la numérisation ont progressé, ils sont eux aussi confrontés à la même solitude.
3. Contexte historique : forte croissance économique et ère des cassettes
De la fin des années 1970 aux années 1980, la société japonaise a rapidement atteint l’aisance. Les appareils électroménagers, les voitures, la mode et la musique symbolisaient le « mode de vie urbain ». Le Walkman de Sony (1979) a marqué le début d’une révolution en « transportant de la musique avec soi » et City Pop est devenu la bande originale idéale.
Les stations FM s’ouvrent les unes après les autres et les DJ diffusent les derniers hits en anglais. La progression d’accords, qui évoque les vents de la côte ouest américaine, est liée à des images de villes comme Tokyo, Yokohama et Kobe. On peut dire que les auditeurs de l’époque s’exprimaient « vivre en ville » à travers la city pop. Durant cette période, la technologie d’enregistrement japonaise a atteint le plus haut niveau au monde et la qualité sonore des disques était extrêmement élevée. C’était une époque où la ville résonnait vraiment tant sur le plan acoustique que social.
4. Caractéristiques musicales : accords, grooves, esthétique d’enregistrement
Le cœur de la city pop réside dans la sophistication harmonique et la flexibilité rythmique. La progression d’accords utilise fréquemment le 7e et le 9e majeur, créant une sensation de flottement. Le moment mélancolique du changement inattendu dans Diminish invite l’auditeur à la « ville nocturne ». Bien que le rythme soit de type AOR, il absorbe les tendances disco et soul de l’époque, et se caractérise par un léger groove d’environ 110 BPM.
En termes d’enregistrement, « l’esthétique de l’espace » créée par l’équipement analogique et les ingénieurs qualifiés de l’époque brille. Le traitement de la réverbération et la précision de l’égalisation du studio ont permis d’obtenir à la fois « transparence » et « humidité ». En particulier, « SPACY » (1978) de Tatsuro Yamashita est transmis comme une œuvre monumentale qui a élevé le talent artistique de l’enregistrement en studio à ses limites ultimes. La perfection de ce son est l’une des raisons pour lesquelles il a été « découvert » outre-mer plus de 40 ans plus tard.
5. Consommation et oubli : silence depuis les années 90
Dans les années 1990, l’effondrement de la bulle économique a fondamentalement modifié les valeurs de la musique. La ville a perdu de son éclat et la pop urbaine était considérée comme « démodée » et « frivole ». Ce qui a émergé à sa place était une musique « d’expression de soi plus individualiste » telle que la J-Pop, le visual kei et le hip-hop.
Cependant, une tendance différente se préparait dans la clandestinité. Les DJ redécouvraient la musique japonaise des années 1980 comme un groove rare dans la culture des clubs. Des compilations ont été créées par DJ MURO, DJ Nori, Gilles Peterson et d’autres, et les acheteurs de disques du monde entier ont recherché la version japonaise. En d’autres termes, la pop urbaine n’est pas complètement morte, mais a continué à vivre tranquillement au « fond de la mémoire ».
6. Point de départ d’une remise en question : YouTube et le phénomène « Plastic Love »
En 2017, une vidéo a été discrètement postée sur YouTube. “Amour plastique” de Mariya Takeuchi. Un simple post avec l’image d’un disque et une vignette du profil d’une femme pâle. Mais la vidéo a été alimentée par un algorithme et a accumulé des dizaines de millions de vues en quelques années.
Pourquoi s’est-il répandu ? Premièrement, les recommandations automatiques de YouTube ont créé une « chaîne sonore » qui a accidentellement atteint les oreilles des auditeurs étrangers. Deuxièmement, son son mélancolique avait une affinité avec Vaporwave et Lo-fi Hip Hop. Troisièmement, la section des commentaires fonctionnait comme une « communauté nostalgique » internationale.
« Plastic Love » est ainsi devenu une icône de l’ère numérique. Bien qu’ils ne sachent rien des années 80, ils partagent la « texture mémoire » de cette chanson à travers les données.
7. Le point de vue d’un DJ étranger : De l’écoute de la piste de danse
Les DJ du monde entier ont amené la City Pop dans les clubs : France, Corée du Sud, Londres, Los Angeles. Night Tempo, Yung Bae, Macross 82-99 sont parmi les plus emblématiques. Ils ont échantillonné et réinventé la city pop, créant un nouveau genre appelé « Future Funk ».
Cette musique n’est pas seulement nostalgique, mais une fusion de l’éclat des années 80 et d’un tempo moderne. Pour les DJ, la city pop est un « tempo dansant et confortable » de 110 à 115 BPM. Il a une qualité sonore parfaite comme matériau d’échantillonnage.
Lorsqu’ils sont illuminés par les lumières du club, les sons de Mariya Takeuchi et Toshio Kadomatsu résonnent comme des airs de danse moderne. C’était une nouvelle expérience consistant à « danser le futur avec le passé » plutôt que de « reconstituer le passé ».
8. Connexion avec la culture Vaporwave/Lo-fi HipHop
La culture Vaporwave, née sur Internet, est essentielle lorsqu’on parle de la réévaluation de la city pop. Ce genre combine bruit numérique et nostalgie en coupant et en collant d’anciennes musiques publicitaires et des échantillons japonais. En conséquence, la culture japonaise des années 1980 a été reconvertie en un « avenir anonyme ».
De la même manière, le Lo-fi Hip Hop est connecté à la culture BGM de YouTube et se propage sous forme de « vibes japonaises des années 80 ». Un extrait de city pop joué comme musique de fond pour étudier a été joué des centaines de millions de fois. En d’autres termes, le contexte musical a été complètement déconstruit et la musique pop japonaise est devenue un matériau d’émotions mondiales. C’est là que réside l’essence de la « nostalgie numérique », qui va au-delà de la traduction culturelle.
9. Influence sur les artistes contemporains
Au Japon des années 2020, émerge une nouvelle génération qui a hérité de l’ADN de la city pop. Non seulement Suchmos, Lucky Tapes, cero et Nulbarich, mais aussi de jeunes artistes comme iri, Taichi Mukai et Vaundy font partie de cette lignée. Ils reconstruisent les accords et les grooves des années 1980 d’une manière moderne et décrivent les « émotions de la vie en ville » dans un nouveau langage.
À l’étranger, des artistes tels que Khruangbin, Men I Trust et Crumb intègrent consciemment « l’esthétique japonaise ». Selon les données Spotify, l’écoute de City Pop a particulièrement augmenté aux États-Unis, au Brésil, en Corée du Sud et en France. En d’autres termes, ce genre est passé du statut de « culture japonaise locale » à celui de « dispositif de partage émotionnel post-mondial ».
10. Conclusion : Une époque où la nostalgie devient un produit d’exportation
La musique que les Japonais créaient autrefois comme une « ville de rêve » trouve désormais un écho auprès des gens à l’autre bout du monde, 40 ans plus tard. Il ne s’agit pas simplement de nostalgie, mais d’un renversement dans lequel « le passé devient le futur ». Les images générées par l’IA, les villes sur le Metaverse, l’art NFT : toutes sont des extensions de City Pop.
La musique est à la fois un miroir de son temps et un outil d’empathie qui transcende les époques. La city pop est appréciée dans le monde entier parce que son son ne « recrée pas le passé », mais « rêve d’un avenir perdu ». La nuit de la ville commence à s’éclairer à nouveau aux oreilles du monde.