Prologue
| Texte : mmr | Thème : Repenser la structure, le temps et la gravité du métal d’avant-garde/métal expérimental |
Le Metal d’Avant-Garde n’est pas un genre, mais plutôt un réexamen structurel du système musical métal.
La tendance connue sous le nom de Avant-Garde Metal ou Experimental Metal ne se définit pas par l’extrême du son ou la sophistication de la technique. Son essence réside dans une attitude de remise en question de la structure, du temps, de la répétition et du centre de gravité que le métal a toujours assumé et de les repenser.
Dans cet article, je reconsidérerai le métal d’avant-garde non pas comme une expression déviante, mais comme une idéologie structurelle. En son centre se trouvent Gorguts et Maudlin du Puits. Les deux artistes ont démantelé et reconstruit la structure interne de la musique métal dans des directions différentes.
Hypothèses structurelles dans le métal
Pour comprendre le métal d’avant-garde, il est d’abord nécessaire de clarifier quelle est la prémisse du métal ordinaire.
Le métal traditionnel a été formé à partir d’un ensemble d’hypothèses structurelles telles que les suivantes.
- Le rythme est stable et perceptible
- Les riffs se répètent et créent de la gravité
- Les doubles battements servent de points de référence temporelle
- Les chansons ont une structure circulaire
- Le point culminant est conçu comme un point d’atteinte.
Avant-Garde Metal ne nie pas en partie ces hypothèses, mais les invalide en tant que système.
Redéfinir l’avant-garde
L’avant-garde n’est pas une question d’excentricité ou de radicalité, mais plutôt la capacité de démanteler la grammaire existante de l’intérieur.
La raison pour laquelle le Metal d’Avant-Garde est perçu comme difficile n’est pas due à son expression émotionnelle excessive, mais au fait que les structures sur lesquelles les auditeurs se sont inconsciemment appuyés ne fonctionnent plus. Le rythme est présent mais peu fiable, le riff est présenté mais ne colle pas, et même s’il évolue, les prédictions ne se réalisent pas.
Evolution et divergence des musiques extrêmes
À la fin des années 1980 et au début des années 1990, le death metal est rapidement devenu plus extrême en termes de vitesse, de pression sonore et de densité. Cependant, l’expansion quantitative a fini par atteindre un point de saturation et certains artistes ont commencé à remettre en question la structure elle-même.
À ce tournant, le métal d’avant-garde est né. Plutôt que d’augmenter encore la vitesse et le poids, le choix a été de démanteler les conditions structurelles dans lesquelles ils étaient établis.
Implantation de structures métalliques d’avant-garde
Lorsque la structure devient problématique, le métal passe à une nouvelle étape. Les riffs deviennent des fragments plutôt que des unités répétitives, les signatures rythmiques deviennent des perturbations plutôt que des standards, et les chansons progressent comme des changements irréversibles plutôt que comme des cycles.
Gorguts : La conception structurelle comme destruction
Gorguts a démantelé le death metal de l’intérieur, en utilisant son vocabulaire au maximum.
Dans leur musique, les riffs sont présents mais sans force motrice, les signatures rythmiques sont notées mais instables, et le développement est perçu comme des ruptures plutôt que comme une continuité. Il ne s’agit pas d’une introduction d’éléments extérieurs au genre, mais d’un effet d’avant-garde créé par une distorsion de la grammaire interne.
Principe de conception du riff de Gorguts
Les riffs de Gorguts rejettent délibérément la gravité de la répétition. Les longueurs des phrases sont inégales, les relations de hauteur n’ont pas de résolution et les points de début et de fin sont traités de la même manière.
Le riff n’est pas un dispositif qui propulse la chanson vers l’avant, mais sert plutôt de section transversale momentanée pour présenter un état structurel.
Structure rythmique de Gorguts
Gorguts n’efface pas le compteur, mais il crée un état dans lequel on ne peut plus lui faire confiance. Les phrases ne convergent pas vers le rythme, et au lieu d’accentuer les doubles temps, les tambours jouent le rôle de couper le sens du rythme.
Ce rythme n’est pas une polyrythmie, mais devrait être qualifié de rythme déconstruit.
Analyse de l’album : Gorguts « Obscura »
Dans Obscura, les idées structurelles de Gorguts sont réalisées sous une forme extrême. Les chansons ne sont pas une collection de riffs, mais plutôt une chaîne d’arrangements de hauteurs fragmentés et de rythmes instables.
- Il n’y a pas de relation hiérarchique entre les riffs
- Un changement de signature rythmique n’indique pas un changement structurel
- La dissonance devient la norme et les notions de tension et de relâchement disparaissent.
En conséquence, l’album entier apparaît comme une expérience structurelle géante.
Analyse de l’album : Gorguts « De la sagesse à la haine »
Dans ce travail, la déconstruction structurelle établie à Obscura est partiellement contrôlée. Les riffs sont encore non fonctionnels, mais ils donnent un peu d’ordre à leur placement et redonnent légèrement la lisibilité de la structure.
Cet équilibre constitue un point de transition important entre la dissolution complète et la régression complète.
Maudlin of the Well : Avant-garde intériorisée
L’avant-garde de Maudlin of the Well ne repose pas sur la destruction mais sur l’intériorisation. Ils déstabilisent la structure en faisant tourner simultanément plusieurs périodes musicales.
Structure temporelle multicouche
Les chansons de Maudlin of the Well comportent plusieurs couches de temps métal, de temps de musique de chambre et de temps ambiant.
Ces couches temporelles ne sont pas intégrées, mais coexistent toujours avec un écart entre elles.
Rythme respiratoire
Leur rythme n’est pas un battement, mais plutôt une respiration ou la durée d’une histoire. Le tempo n’est pas fixe et les tambours jouent un rôle de régulation de la densité spatiale plutôt que de chronomètre.
Analyse de l’album : Maudlin of the Well « Bath »
Dans « Bath », la section métal intense et la partie calme de musique de chambre sont clairement séparées, mais coexistent au sein de la même chanson. La structure n’est pas linéaire, mais progresse comme un mouvement dans l’espace psychologique.
Analyse de l’album : Maudlin of the Well « Leaving Your Body Map »
Dans ce travail, la séparation des structures va encore plus loin. Les chansons sont structurées comme des transitions d’états plutôt que comme des développements, et le concept de point culminant disparaît pratiquement.
Comparaison des deux idées structurelles
| Point de vue | Gorguts | Maudlin du puits |
|---|---|---|
| Méthode | Démolition | Superposition |
| Temps | Rupture | Parallèle |
| Rythme | Destruction de la sensation du pouls | Contrôle respiratoire |
| Dissonances | Armement structurel | Direction spatiale |
Influence et héritage du métal d’avant-garde
Le métal d’avant-garde n’a pas créé un genre, il a laissé derrière lui une façon de penser. Dans la musique extrême ultérieure, la structure est devenue un élément aussi important, voire plus, que l’expression.
Chronologie : Transition du métal orienté structure
| Âge | Tendances structurelles |
|---|---|
| Fin des années 1980 | Expansion de la musique extrême |
| Début des années 1990 | Dissonance/signature rythmique impaire |
| Fin des années 1990 | Type de démolition structurelle métal d’avant-garde |
| Années 2000 | Structure introspective/spatiale |
| Depuis les années 2010 | La pensée structurelle est devenue la norme |
Conclusion
Gorguts et Maudlin of the Well ne sont pas aux antipodes du metal d’avant-garde. Ce sont des coordonnées différentes qui existent sur le même axe structurel.
Le metal d’avant-garde n’est pas un mouvement qui radicalise la musique, mais un acte qui continue de remettre en question les conditions mêmes dans lesquelles la musique existe. La question reste inachevée et est en cours de mise à jour.